Historique du château

Le château dans l’Histoire

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Manoir féodal dont l’architecture se rattache plus au moyen-âge qu’à la renaissance, le château d’Ouge a vraisemblablement été construit à partir du milieu du XVIème siècle pour un cadet de la famille de Faulquier, qui régnait alors sur la vaste seigneurie de Chauvirey. On trouve en effet les armes de cette famille sur la plaque, dont on sait qu’elle est d’origine, d’une grande cheminée. Mais la construction ne fut terminée que vers 1590 par Guillaume Lullier, homme de loi dont la famille était au service des Habsbourg, et qui acquit la seigneurie d’Ouge en 1587. Celle-ci est restée dans cette famille pendant exactement 100 cent ans. Parmi ses membres titulaires de la seigneurie, on compte notamment Jean, vicomte-mayeur (maire) de Vesoul, de 1613 à 1615 et Claude-François, conseiller (1632) puis président (1653) du Parlement de Franche-Comté. Un chroniqueur de l’époque décrit l’entrée solennelle qu’il fit alors à Dôle. C’est lui qui a fait construire le prieuré de Morey. En 1636, Claude-François Lullier avait été l’un des organisateurs de la défense de Dôle, sous les murs de laquelle le prince Henri II de Condé, envoyé par Louis XIII pour l’assiéger, avait piteusement échoué. Dans ces conditions, on comprend mal pourquoi le château des Lullier à Ouge a été épargné, l’année suivante, alors qu’une bonne partie du village, dont l’église, a été incendiée par les troupes françaises (seul le choeur, datant du XIIIème siècle, a échappé aux flammes).

Claude-François Lullier étant mort sans enfant en 1660, le château passa ensuite à la belle-famille de sa soeur, les Matherot de Preigney. Mayeur de Dôle en 1676, Guillaume Matherot fut nommé en 1679 par Louis XIV, conseiller au Parlement de Besançon. Son fils Claude-François Matherot (qui posseda Ouge en indivision avec son père), dans le dénombrement qu’il donna de sa seigneurie d’Ouge en 1686, déclare rendre “toute justice haute, moyenne et basse, pour laquelle faire exercer il a le pouvoir de nommer un juge, un scribe, un procureur d’office et des sergents” et, “pour mieux montrer le dict droit”, une potence était dressée sur la butte de Charomont.

Les Matherot vendirent leur propriété d’Ouge en 1687 à François-Salomon Régent, dont la famille, anoblie en 1671, était originaire de Lorraine. Un jour de décembre 1692, François-Salomon réunit les habitants d’Ouge sur la place de l’église pour leur faire reconnaître ses droits. Le procès-verbal de cette réunion donne, dans une orthographe douteuse, de précieux renseignements sur les droits seigneuriaux et la vie d’un village comtois à cette époque. Ainsi, par exemple, quand les sujets mainmortables (les serfs) se mariaient, ils étaient “obligés, auparavant la messe du jour de leur nopces, de se transporter au logis du seigneur, luy faire la révérance et les hommages à luy dus et luy délivrer une pinte de vin et un pain et six gros à penne de trois sols estevenants damande“. Dans la longue liste des privilèges, on relève que le seigneur avait droit à “toutes les langues des grosses bestes” qui se tuaient en la seigneurie.

Entre 1695 et 1703, Jean-Etienne de Montessus, seigneur de Vitrey, vint habiter au château d’Ouge où il avait un appartement. Il entretenait de bonnes relations avec François-Salomon Régent, qui fut parrain d’un de ses fils. L’enfant, né au château de Vitrey le 12 février 1702, fut porté à Ouge où il fut baptisé le 14 mars suivant. En revanche, les enfants et petits enfants s’entendirent beaucoup moins bien et se firent procès sur procès jusqu’à la Révolution.

François-Salomon Régent mourut au château d’Ouge, le 8 mars 1723 et fut inhumé dans la chapelle des Trois-Rois de l’église de Chauvirey-Le Châtel où il avait un banc seigneurial.

Sa fille Catherine-Françoise, née à Ouge le 17 août 1702, épousa un lieutenant de dragons, François-Vincent Faivre (qui prit alors le nom de Faivre du Bouvot, du nom d’un moulin dépendant de la seigneurie, puis Faivre du Bouvot de Chauvirey). François-Vincent devait mourir en 1745 après un coup de sabre en plein visage reçu à la bataille de Fontenoy. Le contrat de mariage fut passé au château d’Ouge le 1er mai 1724. Philippe-Edme Régent, né au château le 20 mars 1708, vendit son domaine vers 1738 à François-Salomon de Montessus (le filleul de son père) déjà propriétaire du manoir de Vitrey et bientôt (1739) du château de Chauvirey-le-Châtel. C’est alors que Philippe-Edme fit construire le château de Chauvirey-le-Vieil.

En 1742, François-Salomon de Montessus, devenu baron, obtint du Parlement de Metz (où il avait des amis) un arrêt condamnant les habitants d’Ouge à remonter u mur d’enceinte du château qu’ils avaient “renversé avec violence“.

La même année, il gagna un procès qui l’opposait depuis 1735 aux autres seigneurs du voisinage relatif, notamment, aux privilèges honorifiques dans les églises : il s’agissait de savoir lequel de ces seigneurs aurait droit le premier à l’encens, à l’eau et au pain bénits etc…

En 1778, Antoine-François de Montessus (fils de François-Salomon) devenu comte en 1771, fit établir, grâce aux indications de deux de ses fermiers, un “arpentement de la terre et seigneurie d’Ouge“. Ce document montre que la propriété n’a guère subi de modifications depuis cette époque. Le comte de Montessus et sa femme, Anne-Marie-Louise Jodrillat, menacés de mort le 20 juillet 1789, n’émigrèrent pas et purent protéger tant bien que mal leurs propriétés pendant la tourmente révolutionnaire.

Le comte de Montessus mourut, sans postérité, en 1793, après avoir fait promettre à sa femme de ne pas vendre les propriétés qu’il lui laissait. Aussi, la comtesse (morte en 1830) transmit-elle cet héritage à Patrice-Gabriel de Montessus, comte de Rully, pair de France, qui était le plus proche parent de son mari (pourtant leur ancêtre commun était mort en 1564!). Le comte de Rully, qui était fort endetté, céda presque aussitôt ce legs à Charles-Auguste Leroi de Lisa (qui était également héritier de la comtesse de Montessus). Mais ce dernier, dont les affaires n’étaient pas meilleures, fut lui-même contraint de vendre morceau par morceau les propriétés qu’il avait ainsi acquises.

C’est alors que le château d’Ouge passa dans la famille PAULMARD.

Celle-ci, originaire de Basse-Picardie, s’était fixée à Ouge au milieu du XVIIIème siècle en la personne d’un chirurgien qui avait épousé une jeune fille du pays. Leur fils Jean-François, né en 1786, se maria avec une jeune femme de 20 ans sa cadette. Devenue veuve, celle-ci, Thérèse-Angélique, se remaria encore deux fois. Son second mari, un certain M. Dupuis, industriel du velours, était fort riche.

Ce fut elle qui fit restaurer le château, alors en très mauvais état, entre 1840 et 1848, lui donnant son aspect actuel. Les fenêtres existantes furent agrandies, tandis que d’autres furent percées au 2ème étage et dans les tours. La charpente du toit principal est datée de cette époque et signée (“Jean Vieux, de Vitrey, 1844”). Les écuries, qui étaient en ruine, furent reconstruites sur le même plan, mais en retrait d’une dizaine de mètres par rapport au château, pour dégager la cour d’honneur. On peut sans doute déplorer certaines de ces transformations, en particulier la suppression des meneaux. Mais le château, alors menacé de ruine, fut sauvé.

La maison passa ensuite à Jean-Baptiste Paulmard, que Thérèse-Angélique avait mis au monde en 1826, puis au fils de ce dernier, Ferdinand et à son petit-fils Edmond (mort en 1978) dont les héritiers la vendirent à l’actuel propriétaire Bernard Bajolet, en 1980.

Le château a payé son tribut à toutes les guerres qui ont dévasté notre pays : il fut occupé en 1814 par des officiers russes (tandis que les autrichiens étaient à Chauvirey), puis en 1871 par les Prussiens. En 1918, ce furent les Américains dont les officiers logèrent au château. En 1940, celui-ci fut réquisitionné par l’armée française, mais ce fut bientôt le drapeau à croix gammée que l’on vit flotter sur la tour ouest, les Allemands y ayant installé la Kommandantür. Les drapeaux français, britannique et américain déployés à la Libération ont été retrouvés dans le grenier.

Aujourd’hui, ce sont des visiteurs bien paisibles qu’accueillent les jardins.

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